Frédéric Gouis

Archive for the ‘Médias’ Category

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les journalistes de sports français…

In Médias, Surf & Foot on 4 août 2012 at 23:18

 

Pourquoi les journalistes sportifs français s’enflamment en commentant les épreuves des athlètes, notamment tricolore ? Le débat fait rage depuis une semaine et le début des JO de Londres.

Pour avoir bossé dans plusieurs quotidiens régionaux en sports, mais pas seulement, depuis plus de 20 ans, je me permets d’apporter ma pierre à la réflexion, déjà alimentée par Yann Cochennec sur Slate, notamment.

Excluons L’Équipe. Je n’y ai pas bossé et ne sait qu’elle y est l’ambiance. Et puis, le statut des journalistes, tous de sports en raison du caractère du quotidien, fausse un peu la réflexion. Au passage, j’utilise le terme « journaliste de sport » (et non sportif) comme on ne dit pas journaliste économiste ! Un journaliste n’est pas obligatoirement sportif pour relater des épreuves physiques tout comme, pour se spécialiser en politique ou en faits divers, il n’a pas besoin d’être passé par le suffrage universel ou avoir commis des braquages…

Déjà, un journaliste en charge des sports dans une rédaction généraliste est souvent montré comme un privilégié. « Les sports, un Etat dans l’Etat, une tour d’ivoire » lancent souvent les collègues des autres services d’un média. Pas faux !

Postulat, un journaliste de sports, c’est d’abord un passionné. Il le faut car il a débuté en couvrant des matches de foot de DH (6e niveau national), des cross même pas départementaux et des course cyclistes FSGT (la fédé sportive du travail) avant de relater, l’ancienneté aidant, du sport pro ou à l’échelle continental. Or, dans tout passionné se cache des fibres de supporter. Ces gênes peuvent alors transparaître dans son travail. Pour féliciter comme pour blâmer… Parfois aussi, le journaliste a bifurqué vers la tribune après avoir longtemps pensé briller sur le terrain. Il peut alors vivre l’existence d’un sportif de haut niveau par procuration.

Surtout, le journaliste de sports va connaître une ascension dont la courbe va accompagner les athlètes ou les équipes dont il assure le suivi. Une bonne saison, des tours passés dans une compétition, des performances intéressantes, sont autant de façons pour les sportifs de bénéficier d’une exposition prolongée auprès du public via les médias. Et pour le journaliste en charge de leur suivi de retirer pareil bénéfice auprès de sa hiérarchie et de ses collègues. Alors, il supporte avec plus ou moins de grosseur dans le trait, avec une tendance plus ou moins marquée à taire des erreurs ou enjoliver la situation. Il encourage, devient supporter plus que de raison, faisant sauter la retenue que son statut de journaliste impose pourtant. Il devient même proche des sportifs, partageant peines et joies jusqu’à certaines 3e mi-temps… Mieux « ses » sportifs se comportent, plus le journaliste devient essentiel dans son média. Il sait que cela peut être bon pour sa place, son avancement, sa primauté devant d’autres collègues, d’autres disciplines. Il légende le sport… Et il en profite. À lui les déplacements au-delà des frontières pour suivre l’équipe locale ou nationale à l’étranger. À lui les voyages de presse à l’invitation des collectivités territoriales pour relayer le performances des athlètes du cru engagés dans les compétitions internationales.

Alors, non ! Même s’ils affichent d’autres travers, comme l’utilisation d’un pathos dérangeant, Nelson Monfort, Gérard Holtz ou Patrick Montel, vilipendés depuis une semaine, ne sont pas des exceptions françaises. Pour y échapper, baissez le volume ou regardez les Jeux sur le site de France TV en streaming, avec le seul son d’ambiance. Là, c’est le public cocardier qui devient parfois horripilant…

Frédéric Gouis

Thierry Roland était Français, point !

In Le fil, Médias, Surf & Foot on 16 juin 2012 at 16:21

Avant de former le duo le plus célèbre des médias français, Thierry Roland avait interviewé le footballeur Jean-Michel Larqué (Photo L’Equipe)

Il n’était ni Syrien, ni Egyptien, Birman ou SDF du coin de votre rue. Pourtant, aujourd’hui, il occulte le reste de l’actualité, bien que disparu. Le décès de Thierry Roland prend des proportions démesurées pour certains. Qu’un journaliste, de sport qui plus est, accapare le temps médiatique déclenche des crises d’urticaire chez les gens à œillères…

Certes, Thierry Roland n’a pas fait avancer l’humanité, guidé un peuple vers le mieux-être ou révolutionné le quotidien de ses congénères. Tout juste incarnait-il, à l’échelle de la France, le sport le plus populaire, celui qui réunit le plus d’humains à l’unisson, plus que nul autre événement : le football.

Pas besoin de dérouler son palmarès, ses 13 coupe du monde, ses 9 Euros… Sa voix, reconnaissable entre mille autres, agit comme une madeleine pour moi comme sûrement beaucoup de Français. Pour ceux de ma génération, il fût sûrement l’un des éléments déclencheurs de notre volonté d’embrasser la carrière de journaliste de sport.

Alors, oui, ses travers, entre misogynie et esprit colonialiste, resteront aussi dans nos mémoires. Mais, en fait, n’était-il pas tout simplement qu’un Français ? Celui qui refait -certes- le monde au Café du commerce déclamant des avis à l’emporte-pièce mais n’en est pas moins, dans le même temps, attentionné avec son prochain…

Forcément, l’arrivé de Canal+, ses commentateurs encyclopédiques et parfois si lisse, avait fait tomber un voile sépia sur Thierry Roland. Il n’en restait pas moins une icône tricolore, marquant à jamais le soir du 12 juillet 1998 avec son «Je crois qu’après avoir vu ça, on peut mourir tranquille ! Enfin, le plus tard possible… Ah, c’est superbe ! Quel pied… Oh putain !»

Oui, oh putain !

Frédéric Gouis

Et bientôt, les matchs à 4 heures du mat’…

In Médias, Surf & Foot on 9 juin 2012 at 23:13

Dans un futur plus ou moins proche, les matchs de football, et pourquoi pas d’autres sports, se joueront devant des spectateurs triés sur le volet, ceux qui génèrent des rentrées suffisamment substantielles en assistant à ces matchs dans les loges et autres sièges surtaxés. Plus aucun public ne sera requis…

Bon, on ne sait pas trop qui achètera les maillots et écharpes de supporters que tentent de nous fourguer les clubs chaque saison en changeant le modèle du maillot, en sortant même trois, histoire de multiplier les possibilités de chiffre d’affaires… Les clubs pourront peut-être utiliser ces surplus de merchandising pour équiper les supporters qu’ils auront acheté pour donner une impression de vie dans le stade, comme ces Belges qui s’offrent aux plus offrant lors de l’Euro…

Il faut dire que le public aurait sacrément une drôle d’envie que de venir au stade ! On y jouera les matches à 4 heures du matin… C’est le créneau qu’auront décidé les télévisions. Normal, elles lâcheront des milliards d’euros de droits. Et, comme le disait Michel Rocard, « qui paye, contrôle ! »

Pour la saison prochaine. BeInsport va en verser 20 petits millions pour que les matchs démarrent entre 18 heures et 19 heures le vendredi et laisse la place à 20 heures à un match de Ligue 1 acheté à prix d’or. Les stades seront déjà vide dans quelques semaines. Dommage pour ceux qui viennent de faire investir les collectivités dans un stade tout neuf…. 

Frédéric Gouis

Le collectif SOS-Ligue2 a lancé une pétition en ligne contre ce nouvel horaire.

Les médias se suivent… et se ressemblent !

In Le fil, Médias on 23 mai 2012 at 16:33


Le petit journal de Yann Barthès pointe quasi-quotidiennement les travers des chaines de télé, notamment celles d’infos, pour le mimétisme de leurs commentaires. Les journalistes de ces médias utilisent et usent souvent des mêmes termes et adjectifs, tel le désormais fameux « normal » accolé à François Hollande et mis à toutes les sauces, chacun de ses gestes, chaque élément de son comportement, étant affublé de ce « normal »…

Le phénomène n’est pas l’apanage de la télévision, s’observant chez les autres médias, notamment en presse écrite, qu’elle soit quotidienne ou magazine, dans le choix des sujets et des titres. Cette pratique porte un nom : le suivisme.

Qui est-elle ? D’où vient-elle ? Quels sont ses réseaux ? Avec ces trois interrogations, je pratique le suivisme -version ironique-, me moquant des couv’ des news-magazines qui abusent de ce titre pour de nombreux sujets…

Alors, pourquoi sommes-nous soumis à une telle uniformité du traitement de l’info par les médias ? C’est autant voulu que subi…

> D’abord, la course à l’exhaustivité engendre cette pratique. Il faut tout évoquer. Alors, on choisi l’angle le plus simple pour traiter les sujets, par manque de temps ou d’imagination. Et, comme les journalistes dans leur grande majorité sortent du même moule, les réflexes, les références et les tics de langage affichent une proximité extrême.

> Ensuite, faire différent nécessite des moyens humains donc financiers. L’investigation, détacher une ou plusieurs personnes pour ne produire qu’un sujet en une semaine voire un mois, coûte trop cher à l’heure des restrictions budgétaires, donc des micros-rédactions qui vissent les journalistes devant l’écran de leur ordinateur.

> Le suivisme tient aussi de la pression commerciale qui pèse sur les épaules des journalistes. La course à l’audience, aux ventes, fait que tout le monde se suit, par peur de louper la diffusion de quelques exemplaires ou de manquer de part de marché, pour ne pas avoir traiter tel sujet.

> Enfin, ce suivisme engendre -et est engendré- par l’uniformisme, le mainstream, le courant dominant, cette volonté de tenter de plaire aux maximum de téléspectateurs, auditeurs, lecteurs, internautes, à la fois… Quitte à les contenter moyennement plutôt que d’en satisfaire moins mais mieux !

J’avoue ne pas savoir comment ne pas céder à telle pratique… D’ailleurs, se pose une autre question, qui taraude nombre de journalistes et responsables éditoriaux ! Doit-on proposer à ses auditeurs-internautes-lecteurs-téléspectateurs (dans l’ordre alphabétique…) ce que l’on pense qu’ils souhaitent lire, quitte à leur filer de la merde (comme le font certaines chaines TV ou quotidiens) ou chercher à élever la pensée de ces mêmes consommateurs en les dérangeant, leur soumettant des sujets qui visent à nourrir leur réflexion (comme le font d’autres chaines et quotidiens…) ? Vous avez quatre heures…

Frédéric Gouis