Frédéric Gouis

Adieu Les Nouvelles…

In Tahiti, fenua maohi on 21 mai 2014 at 23:33

26-04-57

C’est l’histoire d’un quotidien, le plus vieux de la Polynésie française, qui va disparaître. L’histoire serait banale tant la presse quotidienne papier vit très mal à travers le monde, faute d’avoir anticipé des temps plus difficiles lorsque tout allait bien. Là, où cette disparition s’avère encore plus dramatique, c’est quand on souligne que la Polynésie ne compte que… deux quotidiens. Au-delà du drame social, c’est la liberté de la presse et son pluralisme qui se trouvent mis à mal par ce clap de fin… Les nouveaux propriétaires des Nouvelles de Tahiti ont décidé de trancher très rapidement en arrêtant sa publication, un peu plus d’un mois après leur prise de contrôle du groupe de médias locaux. 

Depuis sa création en 1957, ce quotidien a secoué le cocotier, que ce soit entre 1984 et 1988  lorsque Jean-Pascal Couraud (alias JPK) en était l’une des plumes, bien avant sa disparition, ou depuis une quinzaine d’années. Tous les matins en Polynésie, Les Nouvelles faisaient craindre à ceux détenant le pouvoir, ou le convoitant, qu’un de leurs agissements ne soit encore l’objet d’un pointage du doigt ou d’une révélation. Qui sait, Les Nouvelles ont peut-être parfois fait hésiter certains… Les Nouvelles, c’était, qu’il est délicat d’employer le passé, l’empêcheur de tourner en rond des politiques, l’empêcheur de faire n’importe quoi sur le dos de la population. Et puis, les Nouvelles c’était une marque de fabrique avec ses expressions entrées dans le vocabulaire local : « Le vieux lion », « President for ever », « Le clan des six iliens »…

Il ne va rester que La Dépêche de Tahiti, le navire amiral du groupe de presse racheté le mois dernier. Très consensuelle publication, La Dépêche remplissait parfaitement son rôle, attirant la pub tout en livrant une info qui n’égratignait pas trop. Dans la répartition des missions qui permettait au groupe de faire de l’info tout en ayant des ressources, le rôle du méchant c’était pour Les Nouvelles, de l’autre côté de la route.

Visiblement, les nouveaux propriétaires ne cherchent plus que la rentabilité. Logique pour des acheteurs. Après, on peut relever la rapidité de leur décision alors que, depuis 15 ans notamment, certains n’ont pas manqué de réclamer, qui, la tête de la rédaction des Nouvelles, qui, la fermeture du titre. En vain… Et puis, tirer le rideau sur l’aventure des Nouvelles le 23 mai interpelle en Polynésie. En 2004, cette date marquait la plus grande défaite électorale de Gaston Flosse, ouvrant ce qui devait être le Taui, le changement. Dix ans après, la disparition des Nouvelles vient démontrer que ce Taui ne s’est pas produit. La faute aux politiques, à la population, aux journalistes des Nouvelles peut-être aussi.

Pour finir, sachez que les cinq ans durant lesquels j’ai été un membre de cette rédaction resteront à jamais gravés dans mon esprit. La jeunesse, la soif de savoir, d’apprendre, de comprendre des journalistes côtoyés durant ces journées et ces soirées, à refaire la « une », à rappeler un interlocuteur pour lui faire préciser une phrase ou le taquiner avec une autre question, à lancer un dossier de deux pages à 20 heures, à monter la pagination de quatre pages au dernier moment, tout cela parce que une info ne pouvait attendre une journée de plus lorsque nos confrères seraient à leur tour au courant, ces centaines de jours et de nuits sont inoubliables. Et chaque matin, la fierté nous envahissait…

Un sentiment qui m’habite encore plus. « Le torchon » ou « Les poubelles », comme certains nommait Les Nouvelles, devait sacrément embêter pour que sa disparition soit désormais la condition sine qua non de la survie de La Dépêche. Bonne chance aux amis qui y oeuvrent encore. Je sais que vous allez devoir avaler bien des couleuvres mais soyez forts, il ne reste que vous pour tenter d’éviter que le fenua ne soit sans voix discordante…

Aux Marquises, et en Polynésie, gémir n’est pas de mise, alors, adieu les Nouvelles !

Frédéric Gouis

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